Interview d'Abdel Bounane, rédacteur en chef d'AMUSEMENT
Posté le 20 septembre 2008 dans Interviews

Dans le cadre de rubrique de la presse en crise, et après les propos récoltés auprès de RaHaN de Gameblog.fr, voici que nous avons eu le plaisir d'interviewer Abdel Bounane, rédac chef du magazine Amusement. Je profite donc, encore une fois, pour le remercier chaleureusement pour sa disponibilité et sa gentillesse. Et au fait, achetez Amusement.
Présentation
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et résumer votre parcours avant Amusement ?
J'ai toujours été dans le secteur des jeux-vidéo. En 2000 j'ai participé à ses tout début au site Hardcore-gamers.com, que nous avons revendus à Europ@web, une filliale de LVMH deux ans après le lancement du site. J'étais lycéen à l'époque, et parallèlement à mes études de droit, j'ai écrit sur les jeux-vidéo dans plusieurs magazines tendance : Technikart, Dedicate, Technikart Futur... Puis j'ai été chef de rubrique jeu-vidéo pendant quelques mois chez Max (le masculin qui a fait game over en 2006). Parallèlement à tout ça j'ai été chef de projet chez PlayStation France, pour des projets impliquant les tendanceurs, les artistes... J'ai notamment monté la galerie ARTCADE PlayStation et monté des partenariats avec des photographes, illustrateurs, parus dans la presse dite branchée (Crash, Nuke, Blast...). En 2006 j'ai commencé des chroniques jeu-vidéo et nouveaux médias sur France Culture, pour l'émission "Minuit 10", une quotidienne en direct sur la culture contemporaine, qui avait une incroyable liberté de ton. Je continue mes chroniques sur la tranche 18/20h et cette année j'ai monté AMUSEMENT, qui est en quelque sorte l'aboutissement de différentes expériences
Comment en êtes-vous venus à créer ce magazine ? Et avec quelles ambitions ? Quelle est votre cible ?
L'ambition est double : produire le premier magazine avec une exigence de direction artistique qui n'appartient qu'à des magazines issus d'une culture visuelle (magazines de mode, de graphisme, de photo...). Et deuxièmement, réunir des points de vue extrêmement transversaux sur la culture interactive. C'est pourquoi on trouve des journalistes issus de rédactions généraliste (du New York Times à Libé), de magazines tendance (de Dazed and Confused à Technikart) ou même de mode (de Vogue U.S. à Citizen K). Enfin, je m'étais imposé de travailler avec des personnes soit inattendues, soit des pointures dans leur domaine.
Amusement peut-il être qualifié de magazine de jeux vidéo indépendant ?
AMUSEMENT est un magazine indépendant car nous n'appartenons à aucun gros groupe de presse, même si plusieurs ont souhaité nous rencontrer ces derniers mois.
Visez-vous une dénomination plus globale (moins connoté jeux vidéo, avec la mauvaise image que cela peut impliquer) que celle de mag de JV traditionnel ? Qu'entendez vous par life style magazine ?
Nous voulons en effet parler du lifestyle des 25-35 ans qui ont toujours vécu dans la culture numérique, et qui ne vivent que par elles (parce qu'ils n'envisagent pas de vivre autrement). Le jeu-vidéo offre un très bon point d'accès pour toucher cette population puisque c'est le média le plus apparent, le plus ludique, le plus accessible, et sans doute le plus riche de la culture numérique. Mais nous souhaitons parler à l'avenir de tout ce qui constitue les loisirs numériques, au sens large.
D'où vous est venu l'idée du nom ?
Le nom est une manière de dire : le fait de jouer est une chose instinctive en chacun de nous. Autrefois elle se produisait dans le monde concret, aujourd'hui cela se fait face (ou avec) des entités virtuelles, mais le but est le même : prendre du plaisir, s'amuser. Le magazine est simplement le reflet de ce changement de moyen (le numérique) pour une finalité qui constante finalement.
Ligne éditoriale
Amusement est-il une réponse à la morosité actuelle (en essayant de faire ce qui n'existait pas, et donc d'une démarche un peu forcée) ou provient-il d'une réelle volonté d'offrir quelque chose de différent (quelque soit le contexte du marché et la qualité de ce qu'on trouve ailleurs), au niveau du contenu (comme le fait de ne pas proposer de test, de preview, de dossiers sur une série en particulier (en bref, les rubriques canoniques du genre) ?
Je pense en effet que la presse jeu video classique a une approche qui est centrée autour du jeu-produit, d'où les rubriques que vous citez. Nous voulons parler du jeu-culture, et si possible de la culture de l'interactivité. Cela se ressent dans le magazine notamment via les rubriques qui n'ont rien à voir avec celles d'un magazine de jeu video habituel.
N'avez-vous pas peur d'avoir bouleversé les habitudes des lecteurs de mag de JV d'une manière peut-être trop radicale pour s'assurer d'un succès commercial (on sait que beaucoup de lecteurs sont conservateurs et râleurs) ?
Si mon objectif était de remplacer l'ensemble de la presse jeu-vidéo et que mes dépenses étaient en rapport avec de telles ambitions, alors oui, j'aurai extrêmement peur. J'ai bien conscience que mon magazine ne correspond pas aux attentes d'un public jeune ou qui ne s'intéresse qu'aux tests : ils ont déjà une presse très bien en place pour cela, qui satisfait sans doute à leurs attentes. AMUSEMENT s'adresse aux joueurs plus adultes et qui de toutes façon avaient arrêté de lire la presse JV. Leurs habitudes ne sont donc pas bouleversées, puisqu'ils n'en avaient précisément plus !
Votre prise de risque sur la couv a –t-elle été payante ? Le syndrome Gaming ne vous a-t-il pas touché (à savoir que le premier numéro du magazine Gaming avait été classé aux rayons mag auto, parce que la Une dévoilait une voiture de Colin McRae) ?
C'est toujours extrêmement difficile de faire une couverture de premier numéro : il faut qu'elle soit emblématique du magazine (donc qu'elle concentre ses ambitions esthétiques), qu'elle laisse de la place à l'évolution du support (donc qu'elle contienne une part de neutralité) et qu'elle "envoie". Je ne suis pas sur que ce soit la meilleure couverture que nous ayons pu faire, mais elle répondait au moins à ces deux critères, sans compter qu'elle a été produite par un photographe immensément talentueux : Marcus Mam, qui collabore avec les meilleurs magazines de mode actuellement.

Concernant les kiosques : il faut toujours un certain temps avant qu'ils comprennent votre positionnement. Il nous est arrivé d'avoir été placé dans le rayon des masculins ou de la presse branchée, mais ça ne m'étonne pas car le magazine répond d'une certaine manière à ces deux catégories. A vrai dire, je n'ai moi même pas de réponse. Mais cela n'a pas perturbé les ventes apparemment puisque les chiffres du premier numéro sont excellents.
Comment recrutez-vous les différents rédacteurs ? Quels sont vos contacts avec « les gens du milieu » (autres journalistes, attaché de presse des éditeurs, etc.) ? Ont-ils compris votre démarche ?
Les rédacteurs sont recrutés au fil de mes rencontres et je suis extrêmement pro-actif : la majorité des personnes écrivant dans le magazine, le sont car je suis allé les voir. Pour le reste : il s'agit de journalistes enthousiastes sur le concept, qui me contactent directement.
Concernant les personnes du secteur : le retour a été extrêmement positif. Je ne compte plus les PD-G, directeurs marketing, attachés de presse qui m'ont dit à quel point ils trouvaient AMUSEMENT novateur et rafraichissant. Les critiques qui m'ont été adressées portent notamment sur le manque de photos et de sujets parfois trop "intellos". Ce sont deux choses sur lesquels nous nous sommes concentrés sur le numéro 2, dont vous pouvez voir des images ici.
Lire la seconde partie de l'interview
Lire aussi : Amusement, le mag de jeux vidéo pas comme les autres
Amusement, le réveil de la presse !
Posté par CouCou
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