Interview Georges "Jay" Grouard - GAMEWEB.FR

Posté le 28 octobre 2008 dans Interviews

n755543535_592544_9864.jpgVous l'aurez compris, nous suivons avec attention les pérégrinations du nouveau site spécialisé Gameweb.fr. Comme promis il y a quelques jours, nous vous proposons aujourd'hui une interview de Georges "Jay" Grouard qui n'est pas le rédacteur en chef (le boss c'est Mathieu Micout) mais qui est quand même à l'origine du projet. Petites précisions, il y a des différences de tons (vouvoiement, tutoiement) à l'intérieur même de l'entretien, car les questions ont été rédigées par l'ensemble de la rédaction et que seule la dernière est de moi et posée de façon plus directe (et franchement c'est la plus intéressante). A noter aussi que notre interlocuteur s'est prêté au jeu des questions-réponses entre 5 et 6 heures du mat, ce qui explique le franc-parler du monsieur (je blague ça c'est naturel) ! Et enfin, les questions ont été posé avant la mise en ligne du site.

Pourquoi avoir abandonné le support papier (le magazine Background s'est arrêté début 2007) ? Le facteur argent n'y est sans doute pas pour rien, mais y a t'il d'autres facteurs décisifs ?
Ah non, c’est juste une question d’argent. Si j’avais le choix, j’y retournerais sans me poser de questions. Si un jour je gagne l’Euro-million ou un truc-du-genre-qui-fait-dépenser-du-pognon-alors-que-tu-sais-pertinemment-que-tu-gagneras-jamais-mais-c’est-pas-grave-tu-joues-quand-même, je réveille le Phoenix et on repart avec un canard. Pas pour péter la tronche à Internet hein. Je suis devenu réaliste. Juste pour nous faire plaisir, à mon équipe et à moi-même. Un luxe. A notre époque.

Après l’abandon du format papier, pensez-vous que le format web sera plus efficace pour conquérir le public ?
Conquérir le public. Je ne sais pas ce que veut dire cette phrase. Il est évident que le net a plus de potentiel que la presse papier, ne serait-ce qu’en terme de diffusion, la quasi-absence d’enjeux économiques et surtout la gratuité du support. Ceci dit, le net reste minable face à la télé. D’un autre côté, les choses avancent tellement vite que bientôt, c’est la télé qui fera les yeux doux au net (ça a déjà commencé en fait). Donc pour répondre à la question, oui, le web est plus efficace. De là à savoir si, personnellement, j’ai envie « de conquérir le public », non, je veux juste tuer Gamekult. Je souris d’avance à l’idée du tollé que peut provoquer ce genre de phrases. Je les rassure, on a beaucoup de chemin avant d’arriver ne serait-ce qu’au dixième de là où ils en sont, eux. La beauté de l’objectif est de quand même se fixer un but quasi impossible. Si j’y arrive, je serais content. Quoique je n’en sais rien en fait. Ce sera juste une satisfaction pour mon égo. Si je n’y arrive pas, j’invoquerais des raisons stupides du genre « les gens sont cons » ou « je suis trop vieux ».

N’y a t-il pas un risque de perdre en qualité en passant du format papier au format numérique ? La perte du confort de lecture n’implique-t-il pas des dossiers moins longs et donc moins approfondis ?
Je ne sais pas trop. Les deux formats sont très différents. Chacun a des avantages et des inconvénients propres. La perte de qualité, je ne pense pas. Il faut juste savoir s’adapter à un environnement différent qui fonctionne différemment. Par rapport à la question, il est évident que les « dossiers » n’ont pas lieu d’être… ou alors si mais sous une forme différente, que je compte bien dévoiler dans quelques mois. Attention, ne me sautez pas à la gorge. Oui, je sais déjà le faire mais non, je n’en ai pas envie pour le moment et j’attends le moment propice.
Toutefois, si l’on perd en « capacité » sur une même page, on gagne largement en « pagination ». Il faut bien comprendre que des dossiers de 20 pages à l’ancienne, à la base, ce n’est pas un truc courant dans la presse, qui reste souvent sur des volumes de 6/8 pages maximum. On va dire que les fameux dossiers qui faisaient parler les mauvaises langues mais donner des émotions à d’autres étaient une sorte de « marque ». Ma façon de faire de la presse et de partager ma passion. Ou plutôt de continuer ce que j’ai toujours fait. Parce que déjà au collège, quand ma prof me demandait une copie double sur « Jason et les Argonautes », je revenais la semaine suivante avec un dossier de 30 pages et des images Panini collées à l’intérieur. Cherches pas, ça doit être un fusible qui a grillé à la naissance.


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Avant de lancer ce nouveau site vous avez du faire votre petite enquête sur ce qui est déjà proposé sur la toile ? Quelles sont vos observations ?
Pour tout dire, je ne vais pas sur les sites français. Aucun. Je ne vais pas faire un détail de chacun mais je ne me retrouve sur aucun. Soit on a le droit à trop de classique (même sur Gameweb actuellement, je trouve ça trop classique, c’est dire), soit à de l’humour qui sent des pieds, soit à un manque de professionnalisme, soit à des guides d’achats, sans verve, sans passion. Ca ne m’intéresse absolument pas. Mes sites de référence ? Des blogs américains où le ton est libre, drôle et l’information, pertinente. Et oui, je vais sur GAF (ndlr : un forum américain très connu) et non, je ne trouve pas ça bien.

Qu'est ce que vous souhaitez montrer avec Gameweb ? Comment comptez-vous sortir du moule d'une bonne partie des sites de jeu vidéo actuel ? Côté éditorial j'entends.
Ce qu’on souhaite montrer ? Que l’on peut faire un site de jeux vidéo « classique » mais qui est capable de surprendre et de s’adresser à tous types de joueurs, quelque soit son âge et son expérience du jeu vidéo. Que chacun (casual, gamers, hardcore gamers) y trouve son compte par des contenus adaptés. Comment sortir du moule ? En commençant par balayer un peu l’archaïsme des rubriques « classiques ». En proposant par exemple de nouvelles idées, une nouvelle mise en forme, de nouvelles possibilités d’interaction mais également des papiers qui entrent davantage en profondeur dans les jeux tout en dévoilant davantage « qui » font les jeux.

Étant donné votre personnalité, je ne vois pas Gameweb être un site gentillet ou dans les normes. Quelles sont les grosses lignes la futur ligne éditorial de GWeb ? Quelle est sa cilbe ?
Eh bien tu te trompes. Tu peux me tutoyer au fait, je trouve ça mieux. Car je ne suis pas rédacteur en chef du site, précisément pour ne pas rester dans la même sphère. Celle que je connais bien voire celle que j’ai « crée » malgré moi à une période. Donc si, j’ai le regret d’annoncer que Gameweb est un site gentillet, dans les normes et que son rédacteur en chef fait preuve d’une étonnante rigueur quant au respect de cette ligne éditoriale. J’ai déjà répondu aux deux dernières questions plus haut.
Je peux juste dire un truc : si vous attendez de lire « du Jay » voire le mot « bite » ou une comparaison entre Viewtiful Joe, une feuille d’arbre et des moignons dans un article, il faudra attendre. Dans un premier temps, on va faire un test avec une formule « consensuelle » mais pas dénuée d’intérêt. Si les gens réclament un asile dans la clinique alors je me ferais un plaisir d’intervenir davantage, ainsi que toute la horde de fous qui me suit depuis quelques années.

Question con, pourquoi Gameweb et pas un autre nom ?
Parce qu’il s’appelle Gameweb. Question con, réponse con.


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Les fondateurs de Gameweb

Pensez vous que la presse ait évolué depuis quelques années ? Même si le secteur est loin d'être prospère ont voit quand même depuis quelques temps des magazines qui pointent le bout de leur nez, je pense par exemple à Amusement qui traite le média et pas seulement le jeu vidéo, Gamer Culte qui se tourne résolument vers les gamers et qui ne s'attarde pas sur les tests, ou encore Joypad qui se plonge dans une parution plus "dossiers", plus de reportages que de critiques de jeu. Vous en pensez quoi ?
Rien. Je pense simplement que le jeu vidéo est devenu un mass-média et que par conséquent, il attire toutes les convoitises mais aussi toutes les passions. Et on peut très bien faire des magazines très différents qui parviennent à cohabiter. Je ne vois aucun problème pour qu’un Amusement existe aux côtés d’un éventuel « Gamer beauf / branleur » avec en couv le jeu « Bienvenue chez les Chtis ». Chacun fait ce qu’il veut et il en prend les responsabilités. Si la question est « qu’est-ce que tu achètes comme magazine, Jay ? ». La réponse est « aucun ». Je ne lis que « Role Playing Game » de temps à autre et « Living Action Game ». Parce qu’en fusionnant les deux, tu obtiens l’ancien Gameplay RPG et que je suis un très bon ami du rédacteur en chef. Le reste ? Je n’en ai pas grand-chose à foutre. Je préfère les livres.

De manière générale comment trouvez-vous le paysage vidéoludique actuel ?
dead-space.jpgJe ne comprends pas la question étant donné la fin d’année de ouf qu’on est en train de vivre : entre Dead Space, Fallout 3, Prince of Persia et les futurs MadWorld, Bayonetta, Resident Evil 5, Final Fantasy XIII et d’autres trucs de barge dont je ne pourrais pas parler ici, je ne vois pas comment un joueur normal et qui échappe à la tendance « c’était mieux avant dtf » pourrait renier le média à l’heure actuelle. Et puis entre nous, même si mes meilleurs souvenirs resteront sur les vieilles consoles parce qu’à l’époque je bandais pour trois pixels, il faut reconnaître que je suis content de continuer à jouer pour VIVRE (oui, l’emphase c’est pas bien, tout ça…) Resident Evil IV, Call of Duty 4 ou encore Bioshock.

Que pensez-vous du casual gaming et de cette séparation entre genre de joueur ?

hardcore_thumb.jpgRien. C’est une bonne chose pour l’émancipation du jeu vidéo et pour l’industrie. C’est une mauvaise chose pour le gamer qui a moins à manger parce que le marché auquel il s’identifie ne représente que 6% des ventes globales de jeux vidéo. Maintenant si les deux peuvent cohabiter et que je peux continuer à vivre des moments d’anthologie, je m’en fous, très honnêtement. Il faut arrêter la chasse à la sorcière « casual » parce que déjà c’est un mot masculin et ensuite parce que le jeu vidéo, par essence EST casual. Jeu ; vidéo. Ca veut dire ce que ça veut dire. Ce n’est pas parce que le public évolue mal au point de vouloir des films en jeu que l’industrie doit refuser ce qu’elle est à la base, tout en développant son business. Ce serait stupide, d’autant que ça permet de financer d’autres titres « d’auteurs ». D’ailleurs je vois d’un bon œil le développement des jeux à petit budget sur les différents systèmes internet des consoles même si j’en achète pas ou peu parce que j’ai déjà trop à faire avec ceux qui sortent (encore, Dieu merci) avec une boîte. Même si, ne nous mentons pas, je joue parce qu’on m’envoie les jeux en question ou que je les réclame. Dernier jeu acheté ? Laisse-moi réfléchir… Resident Evil IV sur Wii et Bioshock Sur X360.

Background est fort d’une communauté assez fidèle. Comptez-vous sur celle-ci pour assurer un bon départ à Gameweb ?
Bgrd_For12.jpgOui et non. Oui, car ce sont des gens intelligents, passionnés et qui vivent littéralement POUR le jeu vidéo. C’est toujours bien de s’appuyer sur ce genre de gens. Mais non, parce que le revers de la médaille est qu’ils ont tous des problèmes psychologiques. Entre les suicidaires, les psychotiques, les psychopathes et autres pathologies lourdes, le forum de Background était un repaire mal famé de gens fantastiques et adorables mais dangereux, grossiers, vulgaires et adeptes, tout comme moi, de liberté d’expression. Et sur Gameweb, on cherche à s’adresser à tout le monde. Les écarts de conduite et de langage sont donc à éviter au maximum. Je te laisse comprendre la suite. Et je conclus en disant que cette communauté n’est pas « assez fidèle », elle est dévouée corps et âme et chacun de ses membres, malgré des joutes homériques, des sujets sensibles et beaucoup de bêtises que l’on pourrait comparer à un dessin de bite dans une marge de cahier, se sent chez lui. Le forum est un repaire comme dit plus haut mais un bastion d’expression libre. Et la liberté, c’est un truc rare à notre époque, tu n’as pas remarqué ?

Faut-il avoir des rédacteurs connus et caricaturaux pour réussir à faire connaître son site ou seul le talent compte ?
Je ne sais pas. Nous (Mathieu Micout, le rédacteur en chef du site et moi) avons misé sur les jeunes branleurs, pour la plupart issus d’autres milieux mais qui savent ce qu’est un jeu vidéo et qui sauront toucher le cœur de leur « contemporain ». On a aussi quelques plumes voire « signatures ». Un peu de tout en fait. Réussir à faire connaître son site est un bien grand mot. Pour le moment, on vient de le lancer, laisse-nous le temps de le digérer, de l’apprivoiser, de le corriger et ensuite seulement on commencera à évangéliser. Pour le moment, il se cherche un petit peu.

Dans vingt ans, vous voyez-vous toujours à écrire sur le jeu vidéo ou allez-vous laisser tomber ce loisir de djeuns ?
jaymasque.jpgLe jeu vidéo n’est pas un loisir de djeuns, c’est un loisir de cons. Et comme je suis con, je suppose que oui, je continuerais de jouer même lorsque j’aurais les jambes fatiguées et des rides. De là à dire si je continuerais d’y travailler, aucune idée. On verra.



Le papier est t'il abandonné définitivement ou est ce juste une période "creuse" ?
On va dire que pour le moment, il est définitivement abandonné mais que si je me retrouve en possession d’une véritable économie, il n’est pas impossible que je me relance sur du papier. Quoique non. En fait, je ne sais pas vraiment.

Qu'est ce qui vous a inspiré pour la création du site ?
Je marchais dans la rue avec mon associé alors qu’on était en train de faire les démarches juridiques pour ouvrir Phoenix Publishing (ndlr : société éditrice du défunt Background, le mag qu’il était bien mais pour 8000 personnes en fait) et je lui ai dit « putain JB et si on faisait un site. Imagine je fais un Background sur Internet mais en tirant partie du support ». Lui de me répondre « ok mais laisse-moi le programmer. Je le fais, moi ».
Mais j’ai peut être pas compris la question.

Avez-vous des références ?
Hum. Non. Pas vraiment. En terme de design, j’ai davantage été vers ma culture Internet à savoir les sites US. En terme éditorial, nous avons décidé ensemble, avec Mathieu. Lui est très influencé par Gamekult, moi davantage par GamaSutra, Kotaku et Joystiq. En terme de machins qui bougent et de fonctionnalités, c’est une longue observation de ce que propose le net, dans tous les domaines.
Pour te donner un exemple, y a une idée qu’on a récupérée d’un site de sport.

Un peu plus personnelle maintenant, qu'y a t'il eu entre Background et Gameweb ? Pourquoi tant d'attente ?
Du repos, des larmes et des crises de nerf. Sinon, la création d’une nouvelle société qui travaille dans de multiples secteurs et notamment le jeu vidéo (et non je n’en dirais pas plus parce que ça dépasse le cadre de l’interview) et une bonne année et demie de développement, laborieux de Gameweb.fr.

Vos objectifs pour le site ?
Tuer Gamekult. Tu veux le vrai ? Réussir à proposer une alternative aux sites existants à l’heure actuelle et que chaque utilisateur (le plus nombreux possible, évidemment) y trouve son compte, puisse y participer au maximum et nous aide à aller plus haut, aller plus hauuuuuuuttt…
Mais je m’égare.

manger-du-chien.jpgQuestion qui est devenu notre tradition maintenant, que manges-tu le matin ?
Je hais le matin. Je ne mange pas le matin. Sinon de temps en temps, des enfants ou des chiens...



Med : Allez, je sais que comme t'es cool, et que pour nous aider à faire exploser notre audience, tu vas nous donner un petit indice sur ton (tes) projets secrets ?
Maintenant que Gameweb est fini, tu as bien deviné que j’ai déjà de nouveaux projets. Alors sans trop en dire parce que j’aime bien laisser les gens sur leur faim (et surtout parce que peu de gens en ont vraiment quelque chose à foutre) : un nouveau site, dark et énervé (je rigole mais ça se fera peut être un jour), un énorme truc dont je peux pas trop parler pour le moment mais qui concerne encore le jeu vidéo et enfin de magnifiques projets culturels car le jeu vidéo c’est marrant et ça me passionne mais j’aimerais bien aussi faire autre chose comme mener une armée de pigeons à la conquête du monde.



Un grand merci à Georges pour le temps qu'il nous a accordé et nous souhaitons tous une longue vie à Gameweb.


Posté par Med

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