Pourquoi écrire sur le jeu vidéo ?
Posté le 27 octobre 2008 dans Analyses
Aujourd’hui mon but n’est pas vraiment de vous parler d’un jeu ou d’un nouveau phénomène vidéoludique, je vais profiter du format blog tant décrié pour épancher mes réflexions personnelles. Pourquoi écrire sur le jeu vidéo ? Une bien étrange question qui en soulève beaucoup d’autres : est-ce un métier ou une passion ? Peut-on écrire dessus toute sa vie, ou n’est-ce qu’une lubie de jeune adulte ? Peut-on se démarquer dans cette jungle du net ? Je ne vais pas chercher à donner LA réponse mais ma réflexion sur ces questions à un moment où, comme beaucoup, je me demande si tout cela rime à quelque chose...
Le plaisir

Bercé depuis mes dix ans par des magazines spécialisés, j’imaginais que le métier de journaliste de jeu vidéo était le plus beau métier sur Terre. Pour moi, l'hypothèse de faire partie de Player One était aussi merveilleuse qu’être cosmonaute. Je me suis rapidement remis de ce doux rêve en me disant que, quand même, c’était plus cool de jouer que de se mettre à la rédaction. Mais voilà, les années passent, les consoles et les lectures se succèdent et au bout dix sept années à suivre l’actu, à terminer des jeux et à vivre l’évolution du média on se dit : pourquoi pas moi ?
Comme beaucoup, si je me suis mis à écrire sur ce loisir c’est parce que je ne me retrouvais pas dans le ton, les références ou les questionnements que je lisais autour de moi. J’avais envie de faire ressentir mes expériences de jeu, celles qu’on aborde de manière passionnée avec des amis, au détour d’une bière ou d’une partie. Avec l’émergence des blogs et des sites faciles à mettre en place, je me suis lancé dans l’aventure.
Que de bon moment nous vivons alors, nous, amateurs et passionnés !
On se retrouve dans une fièvre commune de nouveaux questionnements. Parfois il y a du mauvais, parfois du très bon mais c’est surtout l’investissement personnel qui est beau. Plusieurs facteurs rentrent alors en jeu pour nous filer notre dose de plaisir : le goût pour l’écriture, le fait de faire connaître et reconnaître son point de vue, l’ouverture, l’aspect communautaire et enfin le manque de professionnalisation du milieu, qui à son charme.
Au sujet de l’écriture, je suis désolé de l’annoncer ainsi mais il n’y a pas de Superman du jeu vidéo. Il n’y a que du travail et de la persévérance. Toute personne dès 20 piges et ayant une bonne (ou moyenne) maîtrise du français et un bagage d’une dizaine d’années de jeu vidéo peut faire de bons textes. La qualité ne vient qu’avec le temps et une certaine discipline. On ne se réveille pas un matin en se proclamant le meilleur écrivain du paysage vidéoludique français (et j’en suis très loin !)
Mais parlons plutôt du plaisir de l’écriture volontaire, critique et spontanée. Pour moi l’écriture est avant tout une histoire de honte. L’envie d’écrire est loin d’être quelque chose qui m’est venue de prime abord. Avec en effet un passif de dyslexique, chaque texte que j’écris est une montagne à franchir, une souffrance qui se transforme finalement en joie d’avoir pu enfin mettre sur papier des idées aussi claires et précises que celles que j’avais en tête. Je progresse petit à petit (et c’est en fait la meilleure thérapie pour les gens qui comme moi sont fâchés avec l’écrit ! ). Et finalement le défi commence à devenir passion.
Combien de fois ne s’est-on pas imaginer faire une disert’ sur les jeux vidéo au lieu d’un sujet scolaire ? Nous avons enfin le plaisir d’écrire sur une passion qui nous a coûté beaucoup d’heures de jeu, mais aussi beaucoup d’argent.
L’autre moteur est la chasse à la reconnaissance, les commentaires, les liens. On a parfois la chance de voir des gens qui partagent les mêmes opinions que nous, parfois il y a débat, on réfléchit et on se sent impliquer (à notre échelle bien sûr). Quelle joie de former une communauté, d’échanger, d’argumenter, critiquer et finalement bien se marrer. Nous ne sommes plus passifs. Petit à petit, et avec pas mal de coup de pub et surtout de temps, notre petit site amateur commence à se sentir pousser des ailes, les visites augmentent. On voit autour de nous des initiatives qui commencent à fleurir pour atteindre des strates plus sérieuses, des projets semi-pro, voire pro. Mais la réalité nous rattrape : qu’a-t-on de mieux que les autres ? Le jeu vidéo, tout le monde en parle, impossible de quantifier le nombre de sites et de blogs amateurs. On est perdu, combien de temps faudra-t-il attendre pour des nèfles ? Finalement tout cela rime à quoi ? N’est-ce pas une lubie qui prend du temps plus qu’autre chose ?
Retour à la réalité
Et oui ! Vient le moment où l’amateurisme a ses limites… ainsi est l’écriture sur les jeux vidéo. Tout le monde vieillit : passé la glandouille, la vie étudiante, on rentre dans le monde du travail, on a un frigo à remplir, on ne vit peut-être pas seul (une copine, un gamin). Où trouver le temps pour écrire ? Et pour jouer ? Finalement, nos textes ne sont pas si indispensables que ça ? Je me suis bien marré mais fini la déconne !
On pourrait me rétorquer qu’il existe des gens qui en vivent, mais combien ? Et pour combien de temps ? Il y a un tabou autour du payement réel de ces pigistes-rédacteurs. Vivent-ils de ces piges ? Est-ce la fortune pour eux ? Au fur et à mesure de mes observations, j’ai vu que beaucoup ne restent pas plus de cinq ans dans le milieu. Ils passent de mag en mag , de sites en sites pour ne finalement plus écrire pour le jeu vidéo.
Finalement quelle est la durée de vie d’un rédacteur de jeu vidéo ? D’un newser ? D’un testeur ?
Et puis, combien de critiques de jeux vidéo sont de vrais journalistes, avec formation à la clef ? Je gage qu’il existe des personnes qui ont fait des écoles, mais combien ?
On peut donc devenir "pro" des jeux vidéo : testeur de jeu ! Mais à quel prix ?
Perte de l’indépendance, de la fraîcheur du ton, on rentre dans le moule, on vit au rythme de la communication avec l’extérieur et des contacts avec les éditeurs. Il faut rendre les tests rapidement, se dépêcher et rendre des comptes : pourquoi, n'a-t-on pas parlé d’untel ? Pourquoi n'a-t-on pas fait tel test ? Tel article ? Sur une console et pas l'autre ? Beaucoup de questions qui conduisent à un fort pessimisme au final…
Mais attention à ne pas voir tout en noir ! Il reste des bastions même chez les pros. Ceux-là même qui cherchent un compromis entre professionnel et amateurisme. C’est ce qui représente l’idéal de beaucoup de rédacteurs : garder sa propre ligne éditoriale, débattre de tout et n’importe quoi, et, surtout, continuer sur cette voie qui nous conduit tous à écrire. Il s’agit donc de parler de jeu vidéo, simplement, de trouver des sujets transversaux et surtout de « convertir » un maximum de personnes vers les « bonnes grâces » de ce média.
Cependant, à l’heure actuelle nous allons vers une professionnalisation d’internet, avec les conséquences que cela risque d’entraîner.
Que vont alors devenir ces sites et blogs qui ne fonctionnent qu’avec de la confiance et de la bonne volonté ? Car on voit bien actuellement que le problème est l’éparpillement excessif de tout ces sites amateurs et même pros. On pourrait envisager un énorme portail (ou autre) qui centralise tout le monde, une coordination, une « grande alliance des gamers » (oui pour le nom on verra plus tard !). Une solution trop utopiste sans doute…
Quoi qu’il en soit, personnellement, je ne sais pas combien de temps je vais continuer. Vous aurez compris que tout cela prend beaucoup de temps et peut rapidement devenir une corvée lorsque l’on rentre après une journée de travail. Mais entretenons cet espoir de fou pour le plaisir de participer - chacun à notre échelle - à l’aventure. Rassurez-vous, je ne vais pas me suicider demain, ceci n’est que mon ressenti personnel, mes impressions. On vit quand même de bons moments ! Simplement, on se demande parfois combien de temps tout ceci va encore durer. Car toute histoire a une fin…
Je serais bien curieux de connaître vos avis sur ces questions : combien de temps reste-t-on rédacteur de jeu vidéo (amateur ou pro) ? Peut-on en vivre convenablement ? Pourquoi vous êtes-vous mis à écrire dessus ?
Posté et écrit par Mr.popo pour Console Syndrome




































Commentaires
Salutations l'équipe de CS et Mr Popo en particulier qui nous livre là un texte plein de bon sens, même si l'on y devine une forme de résignation qui m'attriste dans le fond. Déjà, je tiens à signaler que pour écrire sur le jeu vidéo, comme pour oser la critique dans n'importe quel domaine, il faut faire preuve de courage, ce qui n'est pas rien. De méthode aussi, comme c'est très bien expliqué ici, et de temps à investir. Dès lors que l'on pratique l'écriture en parfait amateur, la passion est le moteur. Mais au moment d'écrire pour gagner sa vie, la transition peut être parfois difficile. Des textes à rendre sans arrêt, un rythme parfois un peu fou, des jeux qui s'enchaînent et que l'on finit par ne plus apprécier à leur juste valeur... Jusqu'à devenir blasé ?! Au nom d'une productivité sans laquelle il est difficile de joindre les deux bouts. C'est vrai qu'écrire sur le Web n'est pas toujours bien rémunéré. C'est vrai aussi que piger à plein temps en presse papier peut générer de belles fiches de salaire.
Quant à la question de savoir si l'on peut exercer longtemps ce métier, je connais assez bien le milieux et je dirais que les parcours varient en fonction des profils. Certains passionnés sont insatiables, même après 10 ans de pratique de l'exercice. D'autres préfèrent laisser un temps le jeu vidéo. Certains arrêtent définitivement en trouvant un rythme de vie et de travail plus posé, d'autres y reviennent car, oui, l'industrie du jeu vidéo ne laisse pas indifférent. Il y a quelque chose dans ce milieu de sincère, une passion commune démesurée, qui se vit à chaque conférence de presse, à chaque événement, à chaque rencontre. Personnellement, cela va faire quatre ans que je rédige des articles de tous poils sur le jeu vidéo, et je n'éprouve pas encore l'envie d'arrêter. Je dirais même qu'intensifier mon travail ne me déplairait pas. Et pourtant, ce n'était pas gagné. Premiers textes difficiles à sortir, erreurs de jeunesse. Aujourd'hui encore, rares sont les textes à me donner satisfaction. Mais je remets à chaque fois mon travail en question, tentant de me poser les bonnes question sur chaque jeu pour permettre au lecteur de faire le bon choix, ou simplement prendre du plaisir en lisant...
Bref, je trouve qu'écrire sur un sujet qui nous passionne est une bien belle aventure. Périlleuse. Mais que lorsque la lassitude se fait sentir, il est peut-être effectivement temps de prendre un peu de recul. Au plaisir de te lire, encore... ;-)
Ecrit par : MathieuC | 27 octobre 2008
Je trouve un peu dommage que l'article se veuille si introspectif, la pluralité des questionnements étouffant un peu l'exercice. Mais je conviens que ça s'y prêtait, vu la tonalité.
Il est probable que la pleine disponibilité du net et les possibilités sans commune mesure d'y apporter son avis et sa plume fournissent le retour de bâton pré-cité : reconnaissance difficile à évaluer, sites très proches dans le contenu ou la forme. Toutefois cela reste assez rare d'y trouver des textes méthodiques et passionnés. Je pense que c'est rare et que vous en tenez un bout. Et que les remises en questions mènent au meilleur.
Malgré tout, j'appuie le fait qu'il est fort dommageable que chaque personne intéressée créé à son tour un site, un blog, et puis une team, des articles, plutôt qu'éventuellement rejoindre et enrichir des choses qui existent déjà.
Ecrit par : Memento | 27 octobre 2008
C'est vrai qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des qualifications particulière pour bosser dans le milieu. Peut-être que ceci ne durera pas, mais le ton journalistique "pur" conduit à un débat qu'on avait commencé à effleurer, à savoir la place de l'objectivité dans la critique. Pour moi, un test s'apparente à retranscrire un sentiment éprouvé en jouant, et les conséquences sur notre esprit (questions soulevées, impact émotionnel, etc...). La critique purement objective qui vise à reteindre un titre a un assemblage de critères (graphisme, son, jouabilité) est peut-être digne d'un journaliste, mais ne me conviendrez pas en tant que joueur.
Pour moi, tout est une histoire de passion. Du moment qu'on sait la retransmettre de façon compréhensible. Ensuite, je ne me sentirais pas moins légitime qu'un autre d'écrire sur le sujet. Quand on a lancé l'aventure avec Med, c'était comme une évidence. La question n'était pas de savoir si oui ou non on allait le faire, mais plutôt quand. La raison à cette confiance, c'est la passion, et qu'on connait ce milieu depuis le temps et que notre expérience joue pour nous.
Et concernant la dispersion des voix, chacun sur son blog, c'est marrant, parce qu'on s'est toujours dit que si on passait totalement pro un de ces quatre, on avait déjà des idées de recruter un paquet de mecs du milieu, chacun ayant ses points forts, et dont l'addition pourrait constituer quelque chose de vraiment chouette.
Et je ne pourrais pas me lasser, du moins tant que ce media sera aussi complexe et fascinant à analyser. Et, peut-être que je me trompe, mais si des "vieux" du milieu ont arrêté, peut-être étais-ce contre leur volonté, et on peut voir avec des gars comme AHL que la passion ne s'étiole pas avec l'age. Nos parents font des randonnés ou bricolent ? Alors pourquoi ne pouvons nous pas imaginer que notre passe-temps, même dans notre vie d'adulte avec femme et enfants, puisse être d'écrire le jeu vidéo.
Et quand bien même les articles s'enchainent, les jeux se rushent pour tenir les dead line, faire son métier de testeur est infiniment plus plaisant que n'importe quel autre job.
Ecrit par : CouCou | 27 octobre 2008
Très bon article qui mérite d'être agrémenter par l'avis de tout les gens de la profession. Gardez courage! Ne soit pas trop pessimiste Mr.popo car même si c'est de l'amateurisme tout textes à quand même de la valeur.
A tout les petits sites, continuez, vous êtes des réserves à idées et à questionnements et on prend plaisir à vous lire.
Ecrit par : charlie Hexa | 28 octobre 2008
Excellent billet! ...Mais je n'ai pas de réponses à proposer...
Ecrit par : timrubber | 28 octobre 2008
Comme d'habitude, sans doute parce que c'est ma nature, j'arrive quelques temps après pour répondre au sujet. Je vais commencer par réagir par ce qui a été dit. Premièrement, il existe sur Planetjeux.net la même problématique du net. c'est ici que ça se passe : http://www.planetjeux.net/forums/viewtopic.php?t=1663 . Et c'est vrai qu'il y a une énorme dispersion. Cependant, j'ai essayé de rejoindre des équipes mais ce n'est jamais évident, pour diverses raisons. Comme il est difficile de créer un maillage avec d'autres sites ou blogues, pour des raisons obscures.
Peut-être qu'il y a là une prise de conscience qui traverse une flopée de sites sur le devenir.
Ecrit par : Numerimaniac | 30 octobre 2008
Merci pour vos commentaires et merci pour le lien, Numerimaniac. Merci beaucoup même, car en farfouillant je viens de voir ce topic de Planetjeux.net http://www.planetjeux.net/forums/viewtopic.php?t=1631&postdays=0&postorder=asc&start=0 qui est dans la même lignée que les questionnements que je pose dans cet article (je vous invite a y faire un tour)
J'aime confronter les avis de chacun, savoir comment chacun vit son évolution dans cette aventure. Certain sont des vétérans, d'autre des novices. Cela fait plaisir de lire les histoires des autres.
Sincèrement, je passe en même temps des concours, si je réussis, pour moi tout cela sera mort. Chacun a d'autre projet, des obligations et combien vont arriver à continuer à écrire? Une fois que l'on a goûtée à la joie de la diffusion de nos textes, nous sommes tous des morts de faim, on veut que ça continue!
Pour l'alliance inter-site-blog c'est juste une idée, car on passe tous notre temps a admirée/zieuté ce que fait l'autre en se disant qu'un jour on fera mieux. Pourquoi ne pas arriver un jour à mettre nos points communs en avant, tirer la quintessence de toutes nos bonnes idées? Après je ne vais pas me plaindre de la multiplicité des points de vues, c’est toujours plus sain qu’une opinion unique.
Mais bon tout cela n’est que divagation.
Ecrit par : Mr.popo | 30 octobre 2008
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